Croix de l'Ordre du Christ dorée sur un t-shirt noir, face à l'océan Atlantique depuis une forteresse portugaise

La Croix de l'Ordre du Christ : l'héritage templier parti sur les mers

Il y a des croix qui se portent au cou. Et d'autres qui traversent les océans.

La Croix de l'Ordre du Christ est de celles-là. Beaucoup l'appellent simplement la croix portugaise, tant elle est devenue le signe du pays tout entier.

Tu l'as vue mille fois sans la nommer. Sur une voile, dans un livre d'école. Sur le blason d'un club, sur la carlingue d'un avion. Sur la poitrine d'un homme qui ne t'a rien expliqué.

Une croix née d'une disparition

En 1312, le pape Clément V dissout l'Ordre du Temple dans toute l'Europe, sous la pression du roi de France. Les Templiers s'effacent. Leurs biens sont saisis, redistribués, avalés.

Partout, sauf ici.

Le roi Dinis refuse. Il négocie sept ans avec Rome, obstinément, pour que la richesse templière reste portugaise. Le 14 mars 1319, le pape Jean XXII promulgue la bulle Ad ea ex quibus et fonde l'Ordre du Christ. Les mêmes hommes, les mêmes châteaux, les mêmes terres le long de la vallée du Tage. Un autre nom.

La croix rouge des Templiers reçoit une bordure blanche. Rien de plus. C'est ce fil blanc qui sépare l'ordre mort de l'ordre vivant.

Le siège se fixe définitivement à Tomar en 1357. Le Couvent du Christ existe toujours, posé sur sa colline, avec sa fenêtre de pierre sculptée de cordages et d'algues.

La croix qui a pris la mer

En 1420, Henri le Navigateur devient Grand Maître de l'Ordre. Il a vingt-six ans et une idée fixe : descendre plus bas le long de la côte d'Afrique, là où personne ne revient.

Il finance ses expéditions avec l'argent de l'Ordre. C'est-à-dire, en grande partie, avec l'or des Templiers.

Et il fait peindre la croix sur les voiles.

Voilà pourquoi toutes les caravelles portugaises portent ce signe rouge et blanc au milieu de leur toile. Ce n'est pas une décoration. C'est une signature de propriétaire. Chaque bateau qui part est un bateau de l'Ordre, chaque terre atteinte devient une terre de l'Ordre.

Madère. Les Açores. Le cap Bojador, qu'on disait infranchissable. Puis la côte de Guinée, le Congo, le cap de Bonne-Espérance, l'Inde. Un siècle de mer, sous la même croix.

Un marin de l'époque ne savait pas lire. Mais il savait reconnaître cette forme de loin, sur l'horizon. Elle voulait dire : ceux-là sont des nôtres.

Ce qu'elle est devenue

L'Ordre a survécu à ses navires. Il est aujourd'hui un ordre honorifique de la République portugaise, dont le président est le grand maître.

Mais la croix, elle, a fait autre chose. Elle est descendue dans la rue.

Elle est sur les azulejos des façades, ces carreaux bleus que nous racontons dans notre article sur Lisboa, la ville lumière du Portugal. Elle est sur les pavés du Padrão dos Descobrimentos. Elle est gravée dans les pierres de Belém, dans le sable de Sagres, sur les maillots et les drapeaux.

Elle est devenue ce qu'est devenu le Galo de Barcelos : un signe que tout le monde porte sans avoir besoin de le justifier.

Nous en avons fait une pièce sobre, une croix dourada posée sur le cœur et rien d'autre 👉 le t-shirt Cruz Dourada. Pour ceux qui préfèrent une teinte plus douce, la même idée existe en rose pâle 👉 le t-shirt Cruz Rosa Pálido.

Une croix pour ceux qui sont partis

Il y a quelque chose de juste dans le fait que ce soit cette croix-là, et pas une autre, qui nous représente.

Elle est née d'un ordre qu'on voulait effacer. Elle a servi à des hommes qui partaient sans savoir s'ils reviendraient. Elle a passé plus de temps en mer que sur la terre ferme.

Et toi, dans ta vie française, suisse, luxembourgeoise ou belge, tu descends de gens qui ont fait exactement ça. Ils sont partis avec une valise et un métier dans les mains. Ils ont traversé, eux aussi. Ils ne sont pas revenus tout de suite. Certains ne sont jamais revenus.

La saudade a commencé là, sur les quais, chaque fois qu'une voile s'éloignait.

C'est pour ça qu'on la porte discrètement, sur la poitrine, du côté du cœur. Pas pour crier d'où l'on vient.

Juste pour ne pas l'oublier.

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